Peinture Paysage Montagne
Jean-Georges Inca
1927 – 2015
Biographie de l’artiste
Peinture paysage montagne : Né en Alsace, Jean Georges enfant s’est très tôt révélé au dessin puis aux pastels, naturellement doué pour interpréter la nature, les forêts, les fleurs. Sa passion pour le sport (natation et basket) a happé ses jeunes années, mais la compétition ne répondait plus à sa quête, déjà philosophique, de tous les mystères de l’humanité qui le travaillaient. Il s’attaque alors aux études de médecine, puis renonce et reprend ses crayons à Paris. La lecture prend une place majeure, son carnet à la main.
Étude du trait
Il fréquente Saint Germain des Près, le café des deux magots où se retrouvent à l’époque écrivains et artistes (génération Sagan). Il travaille son trait la nuit devant les sculptures du maître au musée Rodin dont il a obtenu l’accès clandestin. Période du nu, qui lui permettra plus tard de croquer les personnages de son choix, les gueules et les enfants, de peindre des portraits quand les modèles se prêtent au jeu, ou encore les chevaux qui le fascinent.
Cathédrales à Ciel Ouvert
Série peinte de 1986 à 1995
Les propos de l’artiste à propos des Cathédrales : « Je pense que la nature restera une source inépuisable d’inspiration et sera représentée indéfiniment. Le plus grand nombre d’humains, des millénairesdurant et au grés des civilsations, aura été solidaire de la nature. Pour le meilleur – la vie – et le pire – la mort. De cette humanité là se sont toujours dégagés des artistes pour illustrer cette connivence, cette solidarité, cette implication par l’écrit, la musique, la sculture, la peinture… »
Peinture paysage montagne
Il n’y a pas de mot pour la peinture de montagne, comme on dit une « marine » pour les tableaux de mer. Jean Georges Inca, passionné et inspiré tant par les grands espaces vierges que par tous les grands aventuriers du siècle qui s’y sont risqués, s’est d’évidence penché sur le parcours de ces marcheurs à l’horizontal dans les glaces de l’arctique et de l’antarctique, collection – Polaires – (1991-1993).
« … Je puis apprécier dans votre peinture que vous êtes nourri par des forces telluriques. On y retrouve parfois des instants, des images vécues de contact intime et puissant avec la nature hostile… » commentera Jean Louis Etienne
Les Alpes
C’est en 1960 que la famille s’installe avec ses deux ainés à Tende dans les Alpes Maritimes où naissent ses trois derniers enfants, cinq à présent , ce sera sa vocation première, les éduquer. Marginal, libre, il continue de dessiner, les villages, ses toits, les torrents, les églises, qu’il rehausse à l’aquarelle. Et il sort en montagne, barda pour peindre sur site dans son sac à dos, les aquarelles de neige cristallines se vendent.
Une peinture de montagne nouvelle
Il continue bien sûr à lire, boulimique. Sa curiosité, sa quête pour comprendre l’aventure humaine est débordante, dévorante. Il conte la vie à ses amis, orateur. La peinture à l’huile sur toile arrive, le bleu, tous les camaïeux de bleu. Les toiles se vendent. C’est une peinture de montagne nouvelle – Cathédrales à ciel ouvert – (années 80). Elle questionne et témoigne de la place de l’homme, toile après toile, dans un doute et une assurance absolues.
La Cordée émotionelle
Puis Messner, Reinhold Messner, l’alpiniste premier vainqueur des 14 plus de huit mille mètres au monde, by fair means, sans oxygène, succès et tragédies, Everest en solitaire. Jean Georges Inca s’identifie au parcours de l’homme, lit tous ses livres, s’attaque aux premières toiles où le rouge vient alors dire ce que le bleu ne peut plus, rencontre Reinhold subjugué, et retrace l’épopée en 78 grandes toiles, trois ans durant. La collection Himalaya sera – La cordée émotionnelle – (1988-1990), acquises pour partie par Messner, présentées dans les MMM, Messner Mountain Museums.
La Femme du peintre
En 2001, alors qu’il a fouillé la notion de génie, Inca signera un essai autour de cette collection, superbe livre aux Editions Art On Snow – La cordée émotionnelle – Approche artistique et psychologique d’une démarche géniale -, dédicacée à Ariane en ces mots : « Pour Ariane, ma compagne, dans cette autre cordée à vie, qui m’a tout donné. Tout. » De fait, on l’appelait « la femme du peintre », mais, dans l’arrière-pays, on entendait « le mari de la femme du peintre » pour le désigner !
Génèse
Viendront encore la collection – Genèse – (1997-1998), toiles qui se réclament des connaissances contemporaines aussi bien scientifiques que philosophiques, théologiques qu’esthétiques : « Cette peinture véhicule une approche inédite des hauts lieux, un recentrage émotionnel et humaniste de l’homme dans la nature selon une démarche enrichie d’un souffle planétaire et cosmique, intemporel. » écrit Benito Pellegrin dans – L’esprit et le cœur – Etude esthétique de l’œuvre de Jean Georges Inca. « Cette peinture physique et métaphysique, cette touche large, généreuse, orageuse, aux formes érigées… jaillissante, éjaculante d’énergie vitale… est une peinture morale. »
L’Eau, sang de la terre
La collection – L’eau, sang de la terre – (2000-2005) dont on lira sous la plume de Ilya Prigogine, prix Nobel de chimie :
« Il y a dans vos toiles un élément de cosmogénèse auquel je suis particulièrement sensible. Les idées d’un univers qui s’auto-organise, qui se crée lui-même à partir du chaos me semblent aussi à la base de vos magnifiques réalisations… ».
Voies de Lumière
Voies de Lumière (2007-2008) – autour des Dolomites, avec toujours et encore la place de l’Homme dans le Tout, que le peintre voulait présence, pulsion de vie impliquant les montagnes qui participent de cette pulsion, géographique ET spirituel. Le seul point qui, dans la composition du tableau, exigeait sa totale concentration expliquait-il. Sans cette Présence, si petite soit-elle dans sa figuration, la montagne ne serait-elle pas qu’un tas de pierre ? Jean Georges Inca n’a eu de cesse que de témoigner de la beauté sur terre et des hommes qui y vivent.
L’Or bleu
L’or bleu – (2003-2005) se mêlera à cette période, besoin du bleu, d’un autre bleu encore, le cobalt en sa puissance dont le peintre est imprégnée explique Agnès Subrini, philosophe : « … Le travail de Jean Georges Inca ne peut se soustraire à l’ardeur et à la fougue, celles-là même qui poussent certains hommes à défier le monde dans ses parties les plus inaccessibles.
L’Humain face à l’univers
La peinture de Jean Georges Inca est imprégnée de cette puissance, presque irraisonnée, de l’humain face à l’univers : pas de ciel, pas de terre, mais un fragment jaillissant de nature déchirée, un monde de titans tout juste sorti du chaos, dont la force laisse l’homme fragile, mais valeureux toujours. »
Mal de Terre
Habité par le « mal de terre » (Hubert Reeves), le peintre joint sa voix dans ses toiles à l’appel de tous ceux qui se battent pour la seule urgence : préserver la Terre et la vie sur notre planète, nos “Voies de Lumière”, selon ce beau titre de l’astrophysicien Trinh Xuan Thuan.
Le peintre du Sublime
Jean-Georges Inca s’est éteint à l’âge de 88 ans. Parmi les plus récents, Michel Onfray a offert ces mots en 2009 :
«Je découvre le travail de Jean-Georges Inca. Il est vraiment le peintre du sublime, une catégorie philosophique et esthétique que j’apprécie tout particulièrement. J’ai écrit jadis un livre sur Monsu Desiderio et j’aime C D Friedrich qui disent la même chose que ce peintre : l’immensité du spectacle de la nature et la petitesse des hommes dans ce théâtre gigantesque. Ce sentiment de l’incommensurable distance entre le petit moi et le gigantisme de la nature, sinon du cosmos, est le seul sacré possible… ».
Hommage
Ariane et Jean-Georges Inca
« Une tranche de vie dans la Vallée »
Merci à tous ceux présents pour leur contribution à la magie de cette soirée.
Merci à tous ceux au loin en pensées avec nous.
L’aimant dans la Cordée Émotionnelle
Sources et liens:
- Site officiel de l’artiste (en construction)
- article en anglais sur son oeuvre
- J-G Inca sur Pinterest